Nous nous sommes rencontrés un 18 Février, c'était en 1988, tu terrorisais tes propriétaires, qui m'ont proposé de te prendre en contrat, toi, Highland entier en cours d'agrément pour devenir Etalon National... Le 1er en France, né sur le sol Français...
Je suis comme disent les canadiens "tombé en amour"... au premier regard...
Bestiole grise infecte, mal élevée, mal comprise, mal aimée, hormis pour ce que tu pouvais représenter pour eux...
Moi, je n'ai vu que ce que tu étais...
Années de gloire...les salons, les expos, les concours, 89,90,91... jusqu'en 1996, où au Championnat de France à Lamotte Beuvron, tu as été sacré Champion de France sur performance, à la vue de tes résultats sur l'année...
Et puis il y a eu ce bête accident au box, et depuis 1996, plus personne ne t'a connu...
si ... juste de longs cheveux blancs et un bout de nez rose, s'extirpant de la porte pour quémander un sucre...
Et puis il y a eu ces douze longues années, où je t'ai vu vieillir, et où tu m'as vu vieillir...
Un des souvenirs de toi ???
Moi en béquille, toi prêt à "honorer" la jument arrivée la veille... Impossible... celui qui travaillait au club avec moi à l'époque t'a pris en main, pour t'emmener voir "ta" belle... l'horreur...
Défense, rébellion, impossible...
Remis au box, hors nerf, j'ai bien réfléchi...
Mon amour, ta confiance, notre respect mutuel...
Je t'ai sorti du box, béquille sous le bras gauche, jambe droite au soutien, la longe dans la main droite accrochée à ta crinière... Nous avons mis 10 minutes pour traverser l'écurie n°1, de ton box à la petite carrière, où attendait " ta promise"...
Appuyée contre toi, toi chantant tous les prémices d'amour qu'un étalon peut conter à sa future...
Tu ne m'as pas dépassé - je ne pouvais marcher - tu savais où nous devions aller...
et nous y sommes allés... à pas comptés...
Tu as présenté ton bouquet de fleur (tu n'as jamais été un violent, plutôt un romantique) et puis voilà... comme d'habitude, histoire terminée...
Nous avions un rituel ; le tour de la carrière, te voir te rouler, t'ébrouer, partir en "live", moi te dire non, il faut que tu rentres, toi ne pas vouloir, cela durait 10, 15, 30 minutes à chaque fois... Et ce jour là, tu es revenu tout de suite collé à moi...
J'ai repris ta crinière, avec la longe, j'avais toujours ma béquille et nous sommes rentrés, pas à pas, jusqu'à ton box...
Et nous nous sommes salués...
Savez-vous les cavaliers, que les grands poneys du club sont presque tous ses filles ou fils ??
Tu es parti ce 7 août 2008 vers les 8h... L'exactitude des rois aurait apprécié que tu partes un 08/08/08 à 8h, mais tu as toujours eu la prétention de ne pas être une science exacte... et pourtant... quoique...
De ton départ, nous ne parlerons pas...
"Les peuples pour survivre ont besoin d'histoires et non de vérité"...
Tu es parti... cela suffit...
Arrivé avant l'ouverture du club, tu as eu jusqu'à l'extrême élégance de "partir" discrètement avant le départ de tous...
Peut-être pour ne pas voir ???
Virginie